gentleman pour entrevue espiègle

Il est rare de devoir s’interroger sur la nature profonde de ce que peut être une rencontre coquine. Il n’est pas question d’une rencontre de football ni d’une coquinerie assimilable à de la gredinerie. Alors, comment l’association de ces deux mots parvient-il à créer une signification aussi explosive? La rencontre entre deux personnes est un phénomène parfois angoissant, déstabilisant, mais aussi excitant. Se confronter à l’autre, c’est aussi se rencontrer soi-même, dans les yeux de cette individualité. Le fait de parler de rencontre coquine permet à la fois d’atténuer cette appréhension mais également de la décrédibiliser en cas d’événements fortuits. L’homme ne manque pas d’imagination lorsque cela concerne l’externalisation de la causalité.
En effet, une rencontre coquine serait, si on la prenait au sérieux, une “rencontre destinée à la sauvegarde de l’espèce humaine”. Pareillement, plutôt que de parler de rencontre libertine, il serait peut-être plus responsable d’évoquer des échanges permettant le renforcement du système immunitaire, une meilleure oxygénation du corps et l’établissement d’un antidépresseur naturel. Une approche certainement plus efficace pour inciter les jeunes à faire des rencontres coquines plutôt que des émissions de téléréalité basées sur la concurrence et la résolution de problèmes en espace clos.

La rencontre coquine peut se stratifier en deux couches. La première consiste à “trouver l’amour”, pour vivre cette perception extraordinaire “à la portée des caniches” comme le dit Louis-Ferdinand Céline. L’amour, notion apprise qu’il serait saugrenu de remettre en question, tant les buts manquent à l’être humain aujourd’hui. On lui a enlevé les guerres, on lui a enlevé dieu, ne lui enlevons pas l’amour.

La seconde consiste à faire une rencontre éphémère, libertine, “one shot” comme dirait les plus décomplexés. C’est une rencontre plus claire, basée uniquement sur le sexe, un réel échange “fifty-fifty” sans rancunes interminables. La rencontre coquine est parfois décriée pour son aspect superficielle ou matérialiste. En réalité, l’entrevue libertine n’est que l’expression d’une évolution progressiste de la société où la nécessité du sexe pur s’efface au profit du principe de plaisir. La reproduction sexuée n’étant plus une nécessité vitale, la sexualité reprend du souffle dans ces relations coquines et libertines. “Le coup d’un soir ou plan cul” devient un partenaire respectable qui recherche un beau support de plaisir comme on recherche un bon restaurant. Finalement, n’est-il pas plus humain de faire des rencontres libertines où la mise en scène est travaillée que de se rencontrer sur des paramètres aussi primitifs que le “coup de foudre”?

Dans le milieu libertin où l’on est adepte du pluralisme et du triolisme, il est admis que l’amour se travaille à plusieurs. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient un couple entretenu avec une remarquable efficacité et qui pratiquait le triolisme. Le libertinage ne cherche pas à parler de couple mais de l’addition d’individus libres et conscients de leurs recherches de plaisir sexuel. La rencontre coquine est une formidable avancée, une victoire de la culture sur la nature, du moyen sur le but, de la passion sur la fonction, du plaisir sur la nécessité. Enfin, le sexe et la mort sont beaucoup liés, que ce soit en psychanalyse ou en mythologie. En effet, la reproduction est provoquée par le fait que l’humain est solidement appuyé sur la conviction qu’il va mourir. La rencontre coquine, en court-circuitant le but, ne serait-elle pas les prémisses d’une immortalité réservée à une élite libertine?

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